Nouvelles mortalités de lynx : situation pire qu’en 2015

Publié dans : Actus Diverses le 11 décembre 2018

Nous annoncions en octobre une année noire pour le lynx et les faits nous donnent malheureusement raison. Cette année, le Centre a été sollicité à 23 reprises dans le cadre de sa cellule de veille, ce qui est totalement inédit. Cela a donné lieu à 14 interventions sur le terrain et 11 individus récupérés (1 adulte et 10 jeunes) dont 9 captures. 2 alertes sont encore en cours. Collisions routières impliquant des adultes et des jeunes dans l’Ain, le Doubs, la Côte d’Or et surtout le Jura, jeunes orphelins capturés sur des sites « historiques » du braconnage, la population française de lynx est soumise à rude épreuve.


Une femelle adulte a été tuée par collision routière le 20 novembre entre CHARCHILLA et MOIRANS (39). Un jeune ayant été observé sur place, nous avons immédiatement mis en place une cage piège et des pièges photo. Après 5 jours sans aucune nouvelle, une jeune femelle est capturée. Petite, elle semble n’avoir que 4 mois 1/2 (âge confirmé par la présence de dents de lait), et serait donc issue d’une reproduction tardive, probablement la première portée d’une jeune adulte. Heureusement, la jeune femelle capturée n’ayant jeûné que 5 jours, elle était encore en bonne condition et sera relâchée.


Le lendemain de la capture de MOIRANS, un appel nous parvient de LES PLANCHES EN MONTAGNE (39) pour signaler un jeune lynx consommant de la nourriture pour chat depuis 3 jours à côté des habitations. Arrivés sur place, nous l’apercevons à quelques mètres avant qu’il se cache. A peine le piège est-il posé qu’il se fait capturer, attiré par la nourriture. C’est une jeune femelle maigre, capturée dans la commune où déjà, 8 ans plus tôt, une femelle adulte avait disparu suite à un braconnage, et où nous avions pu sauver une orpheline (Syame, relâchée en 2011) avant que son frère soit retrouvé dans une poubelle routière avec un trou dans le crâne. Malheureusement cette jeune femelle capturée le 26 novembre dernier n’a pas survécu, victime d’une septicémie due à une vieille blessure, antérieure à se capture.


Enfin, tout récemment, le 6 décembre, un jeune lynx nous a été signalé dans une ferme des MOUSSIERES (39). Observé à plusieurs reprises et visiblement affamé, il restait la journée prostré à proximité de la ferme en lisière de la forêt. Capturé le 7, il s’avère être aussi une femelle amaigrie. Là encore, nous sommes à quelques centaines de mètres de l’endroit où M. SIMPLET, alors président d’ACCA, avait abattu un lynx avant de disperser les morceaux de son corps dans la forêt. Plusieurs personnes des MOUSSIERES nous ont fait part de leur soulagement que le signalement de ce lynx ne soit pas tombé dans « les mauvaises oreilles ». Celle-ci, capturée à temps était encore dans un état pas trop dégradé et pourra être relâchée.


Nous craignons le pire pour le lynx compte tenu de la montée de l’intolérance pour l’espèce chez une certaine frange de la population, décomplexée par les outrances d’un certain lobbyiste et l’appui non déguisé de l’Etat au monde de la chasse (au point de soutenir et subventionner un projet cynégétique retoqué à deux reprises par le Conseil National de Protection de la Nature et consistant à capturer 10% de la population de lynx dans le cadre d’une étude visant à obtenir sa régulation). Démonstration de cette décomplexion, la famille de lynx sauvée in extremis par nous et relâchée après soins a été séparée par des battues. L’un des jeunes a été recapturé faible et blessé et n’a pas survécu. Nous sommes sans nouvelles des deux autres. La Côte de l’Heute (site du relâcher, territoire de la femelle) est le théâtre d’une sur-chasse effrénée. Ses chemins par endroit recouverts de maïs sont parcourus à grande vitesse tous les jours de la semaine par des 4X4 permettant en toute illégalité de traquer le gibier par des moyens GPS (pratique illégale en tant que moyen de chasse). Des tirs d’arme semi-automatique sont entendus de jour comme de nuit. Des coups de feu et des chiens courants sont entendus le mardi, jour sensé être de non chasse (y compris le jour du relâcher des lynx). Ainsi, même si nous avons la satisfaction de savoir grâce au suivi GPS que la femelle se porte bien et a repris possession de son territoire, aucun de ses jeunes n’atteindra l’âge adulte. Rappelons nous par ailleurs que cette femelle porte des plombs enkystés, preuve d’un tir antérieur.
Voici comment des personnes, pour qui conservation de la biodiversité ne s’entend qu’en congélateur ou en terrine, peuvent compromettre la survie d’une espèce.


Signalement de lynx
Tout lynx en difficulté doit être signalé dans les meilleurs délais au Centre Athénas, seule structure bénéficiant de l’habilitation technique et réglementaire pour la capture, les soins et la détention de lynx accidentés ou orphelins.
centre@athenas.fr
03.84.24.66.05
DETAILS PRATIQUES

 


11 Commentaires pour : Nouvelles mortalités de lynx : situation pire qu’en 2015
    • Courvoisier Yveline
    • 12 décembre 2018
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    A Cerniebaud , dans la forêt du Prince, des chasseurs en 4/4, avec G.P.S et portable ou talkies-walkies, dévalent aussi les chemins forestiers au mépris des marcheurs ou cyclistes! Même leurs chiens ont des colliers G.P.S.!
    Je suis profondément consternée face à la bassesse des bipèdes armés que je ne peux qualifier d’humains!

      • Audoux Patrick
      • 12 décembre 2018
      Répondre

      … des bipèdes armés qui ont les faveurs de notre « cher » président n’augure rien de bon pour les espèces menacées et la biodiversité ! Les dérogations préfectorales aux périodes de chasse « légales » sont telles que ça chasse quasiment partout 365 jours par ans. Tout cela est absolument inadmissible ! Quand (re)trouverons-nous des politiques dotés d’intelligence et de courage pour mettre fin au carnage ???

      • Courvoisier Yveline
      • 31 janvier 2019
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      Près de la zone de protection du grand tétras, dans la Haute-Joux, une course de voitures sans pot d’échappement a eu lieu les 26/27 janvier: pollutions, route coupée et non déneigée!! Coqs, lynx, chamois , chevreuils et sangliers n’ont pas eu l’information. Les humains skieurs ne comptent pas non plus. Après le crash du mirage de Nancy, la zone est martyrisée… L’armée est toujours entrain de dépolluer le site. Deux pilotes sont morts et les vols en très basse altitude continuent!

    • Violette SABOURIN
    • 12 décembre 2018
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    Il ne faudrait pas les relâcher en ce cas, et les mettre dans une « réserve » pour assurer la survie de l’espèce ! il faut aussi faire appliquer la loi, et menacer de lourdes sanctions ! il faudrait établir une surveillance, mais bien sûr, c’est coûteux !
    Quelle tristesse ! 60% d’espèces sauvages ont déjà disparu et le phénomène va s’amplifier ! les humains ne se comportent même pas comme des animaux ! ce ne sont pas que des sauvages ! ce sont des terroristes d’espèces animales ! il faut les envoyer en prison !

      • admin
      • 12 décembre 2018
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      Violette, une cage reste une cage, même grande. Notre objectif c’est la protection des espèces dans leur milieu, ce qui suppose que des pratiques archaïques (même si elles s’appuient sur une technologie moderne) doivent disparaître ou a minima être contraintes dans le temps et l’espace, dans ce contexte d’extinction généralisée.

    • Margot Marie-Françoise
    • 12 décembre 2018
    Répondre

    C’est consternant de voir combien les animaux sauvages sont pourchassés sans relâche.

    • LEBAX
    • 12 décembre 2018
    Répondre

    Bonjour
    Concernant le braconnage, est-il possible de déposer une plainte au niveau de la préfecture?
    Quand aux chasseurs,en ayant 2 dans la famille,aucune possibilité de discussion car d’après eux ils sont la pour sauvegarder la faune de la maladie…c’est du grand n’importe quoi histoire de ce disculpé des actes négatifs lors de la chasse.
    Nous sommes dans une société malade…que font nos élus locaux?
    Cordialement.
    André.

      • admin
      • 12 décembre 2018
      Répondre

      C’est auprès du Procureur qu’il faut déposer plainte. Mais il faut suffisamment d’éléments pour qu’elle ait une suite (dénonciation ou témoins). Deux plaintes déposées ces dernières années (malgré cadavre, traces de balle ou de plomb) ont été classées sans suite. Plus récemment, nous avons transmis au Procureur du Doubs une dénonciation qui nous avait été adressée par un particulier. A suivre… Quand aux élus locaux, le souci de se concilier un électorat pour pouvoir durer prime malheureusement souvent sur la survie des espèces menacées.

    • Claudie Maurice
    • 14 décembre 2018
    Répondre

    C’est peut-être le moment d’essayer de faire comprendre à Macron que nous sommes des électeurs aussi et pas seulement les chasseurs !

    Allez en mairie, remplissez le cahier de doléances et en plus du reste dites non aux 10€ par chasseur que Macron leur a promis. C’est une économie facile à faire…

    • Hermine
    • 31 décembre 2018
    Répondre

    Savez-vous de comment faire pour que le lynx boréal puisse bénéficier d’une protection plus stricte telle que l’Annexe II : Espèce de faune strictement protégées de la Convention de Berne, 1979 – ou par d’autres moyens.

    N’est-il pas possible de mettre sous le nez de la mairie voir du Procureur les manquements de l’Etat envers ses engagements européens ? Il est indiqué que des mesures nécessaires doivent être prises, il est bien évident que cela n’a pas été fait !

      • admin
      • 31 décembre 2018
      Répondre

      Vous avez raison Hermine, un signalement au Procureur permettrait sans doute d’affranchir une enquête des pressions politiques, compte tenu du soutien éhonté que le pouvoir apporte à la chasse à des fins électoralistes.

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