Rapaces rares : Scandaleux massacres en série de Busards cendrés dans le bas Jura
Jeunes busards cendrés piétinés, milans empoisonnés, la série noire continue
Le Jura est en tête ex-æquo avec le Rhône au palmarès des destructions volontaires de nichées de busard cendré. 5 jeunes appartenant à 2 nichées, soit un tiers des effectifs de jeunes pour l’année 2008 ont été piétinés à mort, ces destructions faisant suite à celle de 2 jeunes en 2007 et de 3 jeunes en 2004, ainsi qu’à l’empoisonnement de 2 milans dont un milan royal en juin 2008, le tout dans une zone de 10 km sur 10.

En 2008 sous l’effet combiné de la pluviométrie et des destructions volontaires, seulement 6 couples sur 14 ont pu se reproduire. Après plusieurs échecs répétés dans la reproduction, les couples abandonnent les sites. Ainsi, malgré la protection mise en place depuis des années, malgré l’effort financier consenti par les collectivités, cette espèce peut disparaitre de Franche-Comté.
Un pan de biodiversité va s’effacer sous l’effet de la bêtise et de la barbarie. Cette radicalisation et ce passage à l’acte plus fréquent sont selon nous le résultat de la remise en cause récurrente du statut protection des espèces par des groupes de pressions extrémistes qui légitiment ainsi ces actes par anticipation. Les rondes de surveillance mises en place par les services de l’État suite à la première destruction du 5 juillet ont été insuffisantes pour protéger les 5 couples restants puisqu’elles n’ont pas empêché la destruction de ces 3 jeunes.
Nous demandons à l’État
la prise en compte de la gravité de la situation et de l’imminence de la disparition de cette espèce de Franche-Comté si rien n’est fait.
le rappel aux différentes instances représentatives d’usagers du milieu de leur responsabilité en matière d’éducation et de contrôle de leurs adhérents.
le rappel de la réglementation et du délit que constitue la destruction volontaire d’espèce protégée.
le renforcement des missions de surveillance et de police pour 2009 s’il reste encore des nids de busards à surveiller.
Article publié le 8 juillet :
Pour la troisième fois en 4 ans, une nichée de busard cendré (espèce en forte régression dont il ne subsiste qu’une quinzaine de couples en Franche Comté) a été écrasée à coups de bottes vendredi dernier. Multiples fractures des membres, thorax enfoncé, crâne déformé, les oisillons non-volants prisonniers de la végétation n’avaient aucune chance d’en réchapper.


Cette espèce fait l’objet d’un suivi et de mesures de protection depuis de nombreuses années par l’association ATHENAS avec l’aide de jeunes stagiaires étudiants (effondrés devant tant de barbarie et la réduction à néant de leurs efforts), la participation du monde agricole et le soutien financier de plusieurs collectivités (Conseil Régional de Franche Comté, Conseil Général du Jura et DIREN Franche-Comté). Situées le plus souvent dans des champs de céréales, les nichées de busard cendré sont menacées au moment des moissons. Les nids repérés sont protégés avec l’accord des exploitants, et maintenus en place jusqu’à l’envol des jeunes. Le nid détruit vendredi soir devait être protégé samedi, à l’issue de 2 mois de repérage et de surveillance sur le terrain. L’exploitant, Jean Louis BOUGAUD, favorable à la protection du nid, souhaitait assister au marquage des jeunes, opération nationale initiée par le CNRS et à laquelle participe ATHENAS. Il se dit choqué par cet acte bête et méchant, délit qui se double d’une intrusion dans une propriété privée et de piétinement de récolte. Cette année, les intempéries avaient déjà entraîné l’échec de reproduction de plusieurs couples de busard cendré, fragilisant déjà la petite population régionale. Cette mise à mort abjecte et perverse rend encore plus précaire le statut comtois de l’espèce, mais peut-être est-ce là le but recherché… Cette destruction fait suite à l’empoisonnement en mai de deux milans (un milan royal* et un milan noir empoisonnés à l’inhibiteur de cholinestérase Mévinphos -insecticide organophosphoré interdit à la vente, plus connu sous le nom de Phosdrin) sur la commune d’Annoire, fief du président de la Fédération des chasseurs du Jura. Faut-il y voir une coïncidence, ou le résultat des prises de positions extrémistes contre les prédateurs par les dirigeants de la Fédération des chasseurs ? La question reste posée. Fait troublant, la Fédération des chasseurs, interrogée par erreur par le laboratoire sur l’opportunité de la poursuite des analyses des 2 cadavres de milans et la recherche de toxiques, avait demandé l’abandon des recherches. Y aurait-il des vérités dérangeantes ? En 2004 déjà, 3 jeunes busards avaient été détruits à coups de talon à Annoire, et disposés sur un chemin à titre de provocation. En 2007, ce sont deux jeunes déjà porteurs de marquages alaires qui ont été détruits à Petit Noir de la même manière dans un nid protégé, 3 jours avant leur envol. Ces faits n’ont jamais fait l’objet d’une condamnation par les instances cynégétiques. Cela sera-t-il le cas cette fois encore ? Peut-être ces destructions sont-elles l’expression d’une ruralité toute particulière, dopée par des sarcasmes récurrents et peu imaginatifs traitant de « zoolâtres » les associations de protections de la nature, encouragée des prises de positions rétrogrades sur le statut des prédateurs, légitimée par le refus de la Fédération des chasseurs de s’associer à la protection du busard ? La destruction de jeunes oiseaux de 20 jours à coups de talon est un mode de gestion de la faune sauvage tout en subtilité, demandant une grande sensibilité ainsi qu’un courage physique à toute épreuve. A l’heure du Grenelle de l’Environnement, à l’heure d’une prise de conscience générale sur la perte de biodiversité, quelques individus obtus s’adjugent le droit de vie ou de mort sur des espèces menacées, pour façonner une nature peuplée de volailles d’élevage destinées au tir.
Des plaintes seront déposées pour ces différentes destructions. Un appel à témoins est lancé : toute personne ayant remarqué une activité suspecte (véhicule dans les chemins, personne dans un champ de blé) à Saint Aubin vendredi 4 juillet en fin de journée entre les lieux-dits « la Borde Péchinot » et « la Borde Rouge » est invitée à la signaler à l’ONCFS ou à la Gendarmerie.
ATHENAS Centre de sauvegarde de la faune sauvage de Franche-Comté et Bourgogne Est www.athenas.fr centre@athenas.fr 03 84 24 66 05
*Le milan royal connaît un déclin généralisé et fait actuellement l’objet d’un plan de restauration au niveau international
La fédération des chasseurs du Jura ayant demandé à bénéficier d’un droit de réponse, à l’article ci dessus, vous pouvez le consulter à partir du lien suivant

